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Article consultable => http://www.lesechos.fr/luxe/acteurs-luxe/300209741.htm LES ECHOS 12/10/07 - Série Limitée N° 057 Luxe > Les acteurs du luxe « Un artisan, un savoir faire » par FRANÇOISE SPIEKERMEIER Serge Nguyen : l'homme aux doigts d'or Un atelier dans le XXe arrondissement de Paris, à deux pas de la place de la Nation. Au milieu d'un dédale de cadres, de glaces et de meubles précieux, Serge Nguyen, l'un des plus prestigieux doreurs à la feuille du monde, perpétue des gestes séculaires calqués sur ceux des maîtres de la Renaissance. Du monde entier, on fait appel au doreur à la feuille pour réparer les affronts du temps. A la pointe du pinceau de martre, les feuilles d'or - délicates membranes tremblantes de 0,4 micron d'épaisseur - sont appliquées une à une sur les boiseries d'un cadre sculpté. Brunies à la pierre d'agate puis patinées, elles effacent les blessures du temps. Dans cet atelier parisien de la rue d'Avron, l'armoire à pigments côtoie des cadres baroques écaillés, un paravent Art déco, du mobilier Empire et, un peu partout, glaces, horloges, trumeaux... tous en attente de renaissance. Pas un bruit, hormis la calme et régulière respiration du doreur concentré sur les trésors confiés à son savoir-faire par des antiquaires, des musées nationaux ou des particuliers. Serge Nguyen pérennise leur beauté. " Une façon de valoriser notre patrimoine. Et d'en perpétuer tout son prestige ", dit-il. Doreur à la feuille, cet artisan aux doigts d'or se considère comme un médecin, pas comme un artiste : " Nous ne sommes pas des créateurs. Nous ne signons pas nos œuvres. Nous ne faisons que réparer les affronts du temps. Mais il nous reste ce sentiment agréable, en passant devant un site prestigieux, d'avoir contribué à sa sauvegarde. " Ces bonheurs secrets, Serge Nguyen les collectionne depuis 1965. Gamin, il arpentait les allées du château de Versailles, la ville de ses parents. Il remarquait le délabrement des façades, la rouille rongeant les grilles et ces dorures étiolées. Fasciné par ces métiers d'art dont les pratiques se transmettent de génération en génération, il s'engage à 14 ans et demi comme apprenti sur le plus prestigieux chantier dont puisse rêver un débutant. Son maître, monsieur Grandvoinet, est l'artisan doreur sur bois du château. Et sous la houlette de Gérald Van der Kemp, le conservateur, on l'attelle à des travaux délicats : au Petit Trianon, il participe à la restauration de la chambre de Marie-Antoinette, brûlée à la Révolution. " Je ne comptais pas mes heures, se souvient-il. Je ne comprenais pas qu'il faille rentrer. J'aurais dormi sur place si l'on m'avait écouté. " Restauration de boudoir On confie alors à cet apprenti aussi passionné que doué la restauration du boudoir de la comtesse du Barry. En solo. Pendant cinq mois, avec une radio pour seule compagnie, le jeune homme écarquille les yeux devant tant de splendeurs : alors qu'il dore minutieusement les lambris copiés à l'identique par Fancelli, maître italien de la sculpture sur bois, il aperçoit par la fenêtre les jardins qui se déploient autour du temple de l'Amour... " Cet univers était merveilleux. Je plongeais dans l'Histoire, j'avais l'impression d'être dans la peau des artisans de l'époque qui travaillaient à la bougie. " De quoi sceller sa passion. Trois ans plus tard, à la Sorbonne, André Malraux, ministre de la Culture, lui remet la médaille de bronze du CAP de doreur, derrière un ébéniste et un tapissier. En 1973, Serge Nguyen a la charge de restaurer le bureau Louis XV du Premier Ministre Jacques Chirac à l'hôtel Matignon. Depuis, sa clientèle s'est étoffée. Ministères, ambassades, Mobilier national, designers contemporains comme Philippe Starck, émirats, mais aussi châtelains amoureux de la belle ouvrage font appel à lui, ce qui lui vaut de sillonner le monde pour perpétuer cette tradition séculaire. " Chaque nouvelle pièce est une aventure. Il faut la déchiffrer, l'observer, l'écouter raconter son passé. Le premier outil, c'est l'œil et les connaissances en matière d'histoire de l'art. Ensuite la restauration peut commencer. " Du bois au métal, ses doigts font merveille avec des outils inchangés depuis la Renaissance : pinceaux en putois, palette à dorer en poils de martre large de 8 cm pour attirer la feuille par l'électricité statique et l'appliquer sur le support, ébauchoir, brosses à apprêt, brunisseur en pierre d'agate... Les mixtures et le procédé restent les mêmes : la colle de peau de lapin, le blanc de Meudon pour apprêter les surfaces et combler les manques si nécessaire. La " mise au jaune " pour créer un fond unifié puis la pause de l'" assiette " à la terre d'Arménie qui donne une teinte rouge visible sur les vieux bois dorés. Puis après la dorure à la feuille d'or 22 carats, la cire d'abeille pour créer un effet de lustrage naturel et la patine pour conférer à l'objet une authenticité d'époque à s'y méprendre. Serge Nguyen adore décrypter les objets. Son regard se porte sur les tableaux, puis très vite sur les cadres dont il déchiffre le parcours et les accidents. Un homme qui aime l'or du temps, assurément. UNE RENOMMÉE SANS TROMPETTES Serge Nguyen Spécialiste en reparure, dorure, patine à l'ancienne, restauration d'intérieurs. 75, rue d'Avron, 75020 Paris. Tél./Fax : 01 43 67 71 53. © 2007 P@N |
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